L’or et le Japon : une histoire qui dure !

En parcourant les méandres de son ordinateur, on retombe parfois sur quelques photos  intéressantes : c’est le cas de celles de l’exposition 113 ors d’Asie, qui s’était tenue au Musée Guimet il y a deux ans. J’avais particulièrement aimé cet évènement, qui mettait en lumière de très beaux objets japonais avec pour fil conducteur l’or, ses usages et ses symboles, mais je n’avais jamais pris le temps d’en parler ici.

Déroulons aujourd’hui en quelques points l’importance de ce métal précieux au cœur de l’histoire japonaise, et son apport dans le domaine des arts.

L’or et le mythe de Cipango

Lorsque Marco Polo, dans son ouvrage le Devisement du monde, cite le Japon, il emploie alors un nom dérivé d’une prononciation chinoise, Cipango, et décrit un pays aux milles richesses.

« En cette île [de Cipango], il y a de l’or en grande abondance, toutefois le roi ne permet pas facilement de le transporter hors du pays : ce qui est cause que bien peu de marchands fréquentent et trafiquent en cette province. Le roi a un palais somptueux et magnifique duquel la couverture est entièrement de lames d’or. Semblablement, les planchers des salles et chambres de ce palais sont lambrissés et couverts de lames d’or (dit-on). En outre, on y trouve plusieurs pierres précieuses, lesquelles avec l’abondance de l’or rendent l’île surtout riche et opulente. »

Carte de Toscanelli – 1463

En effet, depuis le 8ème siècle, le Japon jouit d’une réputation de pays aux réserves d’or inépuisables, riche à foison. Cette légende, portée par les Chinois, à qui les Japonais versaient tribu, pour ensuite arriver aux oreilles des Mongols, qui tentèrent sans succès d’envahir l’archipel. Colportée par les nombreux marchands arabes de la Route de la Soie, elle atteignit certains explorateurs occidentaux, comme Marco Polo mais aussi de Christophe Colomb. Cette richesse apparente relevait cependant plus du mythe que de la réalité. On estime en effet qu’au plus fort de sa productivité, le Japon ne fournissait que 5% de la production mondiale d’or, dont une grande partie provenait de l’ancienne province de Kai (aujourd’hui, province de Yamanashi)

Surprise : si le Japon n’était ce fameux pays de l’or que tout le monde imaginait, il était en revanche celui de … l’argent ! Près d’un tiers de la production mondiale au début du 16ème siècle provenait en effet de mines japonaises !

Recouvrir d’or : religion et prestige dans l’ancien Japon

La préciosité, la rareté et la pérennité dans le temps de sa matière ont toujours conféré à l’or une place de choix, en Occident comme en Orient. Au Japon, ce statut se vérifie, tout particulièrement dans l’architecture et la statuaire bouddhique. L’or représente ainsi la divine lumière, et par là, la révélation de la vérité et l’atteinte de l’Eveil.

Un des bâtiments les plus célèbres et les plus visités du Japon est sans conteste le Kinkaku-ji, ou Pavillon d’Or à Kyoto. Son nom même, Kinkaku-ji, brille de mille feux : kin (金) est en effet le caractère chinois de l’or. Initialement construit pour être un pavillon de détente, il fut transformé à la mort de son créateur, le shogun Ashikaga Yoshimitsu, en complexe zen, l’or le recouvrant ayant pour but de purifier l’âme de ses pensées négatives. En ce début du 15ème siècle, les élites de l’époque Muromachi étant connues pour leur goût ostentatoire, l’impact visuel de ce bâtiment recouvert d’or, surtout lorsque les rayons du soleil le frappait, ne pouvait également que renforcer l’image de puissance et de pouvoir de ses fondateurs.

Fichier:Kinkaku-ji the Golden Temple in Kyoto overlooking the lake - high rez.JPG

Source – Wikipedia

Autre construction plébiscitée par les touristes du monde entier, le Todai-ji de Nara et son Grand Bouddha frappent également les esprits par leurs volumes écrasants. Construit au milieu du 8ème siècle, la statue de bronze haute de 16 mètres était initialement intégralement recouverte de feuilles d’or tirées des mines de la région de Mutsu (nord du Japon)… Essayons d’imaginer aujourd’hui l’impression de puissance qui devait se dégager de l’ensemble !

Les statues ci-dessous, présentées dans l’exposition « 113 ors d’Asie » sont une belle exemple de l’usage de l’or dans l’iconographique bouddhique japonaises. L’or est ici utilisé pour créer un contraste fort entre les représentations divines et les éléments les entourant, comme par exemple la base sur laquelle elles se tiennent debout.

Triade d’Amida « Qui s’en vient accueillir » (Amida Sanzon) : Triade d’Amida nyorai entouré de Kannon bosatsu et Seishi bosatsu Epoque de Kamakura (1185 – 1333) – Bois laqué, doré et couleurs, application de feuilles d’or découpées (kirikane)

Détail de la Triade d’Amida

Détail de la Triade d’Amida

D’or et d’arts : usage du pigment doré

Du sacré au profane, l’or a rapidement conquis le domaine des arts, que ce soit en feuilles, en poudre, mélangé à la laque, ou encore tissé. Les objets précieux utilisés par les familles nobles et les clans guerriers ont rapidement adopté cette manière brillante, éclatante, parfois renforcée d’argent et de nacre, du tsuba (garde) des katana aux immenses paravents aux multiples panneaux. Voici quelques exemples ci-dessous illustrant son usage varié.

Calligraphie d’extraits du Shin Kokin Wakashū (« Nouvelle collection de poèmes anciens et modernes » Début de l’époque d’Edo, ère Keicho, vers 1600 – 1615. Papier, décor à la poudre de mica, peinture à la poudre d’or kindei et poudre d’argent gindei, calligraphie à l’encre de Chine

L’arrivée de navigateurs occidentaux au Japon (Nanban byoku), époque de Momoyama (dernier quart du 16ème siècle) Paravent à 6 volets : bois laqué, encre et couleurs sur papier, feuille d’or sur gofun (carbonate de calcium)

Écritoire (suzuribako) à décor de scènes du Dit du Genji, époque d’Edo, fin du 17 ou 18ème siècle (avant 1789). Bois, laque hirame-ji, nashi-ji, takamaki-e d’or et d’argent, pierre, argent, poil d’animal. Ancienne collection de la Reine Marie Antoinette

Kimono de mariage. Début du 20ème siècle, satin de soie brodé, couchure de filés d’or

Kanazawa : ruée vers l’or

Parlez d’or à un Japonais et il vous orientera toujours vers la ville de Kanazawa. Son étymologie même, 金沢, signifie « le marécage (ou marais) d’or » ! Tout est dans le nom, tiré d’une ancienne légende.

Connue depuis la fin du 16ème siècle pour sa production de feuilles d’or, la ville continue aujourd’hui de fournir 99% de la fabrication nationale, qui a même obtenu en 1977 le statut de « produit traditionnel national » ! Le secret de la qualité des feuilles d’or de Kanazawa repose sur un artisanat ancestral, basé notamment sur la fabrication de feuilles de papier washi (le hakuda-shi) d’une qualité extrême, parfaitement lisse et fin comme un papier à cigarette, indispensable pour ensuite pouvoir aplanir de manière parfaite l’or compris entre ses feuilles.

Le musée Yasue, à Kanazawa, propose de découvrir en images la fabrication de ses fameuses feuilles d’or : ne manquez leur collection d’objets d’arts !

Petite anecdote : à Kanazawa, l’or se mange également ! De fines feuilles d’or sont disponibles à la consommation, délicatement déposées sur votre glace ou une part de gâteau comme le Castella !

Quelques sources de lecture :

https://web-japan.org

http://www.drimartparis.com/index.php/actualites/235-l-or-et-l-art-au-japon

 

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