Cha-no-yu : la cérémonie du thé japonais

Chashuku, natsume, chashu… Ces ustensiles, parmi d’autres, sont immédiatement corrélés au Cha-no-yu, la cérémonie du thé japonais. Les connaissez-vous ? Savez-vous à quoi ils servent ? Déroulons ensemble les étapes d’une tradition profondément ancrée dans la culture nippone. Pour illustrer cela, je vous propose de suivre quelques photos d’une cérémonie du thé en plein air, présidée par Emmanuel Alexis, céramiste de renom.

La cérémonie du thé est certainement un des symboles du particularisme japonais. Raffinement, codifications sociales, port du kimono… Elle réunit tous les fantasmes génériques que l’on attribue au Japon. Ce n’est pas faux ! Il est vrai que le Cha-No-Yu (littéralement Eau chaude pour le thé) permet de vivre pleinement, activement, un moment typique. Cette cérémonie s’intègre dans un moment nommé chaji, qui dure entre 4 et 5h et qui inclut un repas de cuisine kaiseki. Durant le chaji, on commence par la dégustation d’un thé léger (usucha) parfois en feuilles (et non pas en poudre comme le matcha), suivi ensuite par une dégustation de thé fort (koicha), parfois très épais. Entre convives se connaissant, le bol de thé est souvent partagé. Quand l’assemblée accueille un convive de marque, les bols sont individuels.

Voici les grandes étapes du chaji :

Les invités sont accueillis par leur hôte au sein d’un pavillon de thé, à l’écart de la maison, dans le jardin. La linteau de l’entrée est volontairement bas, afin d’inspirer l’humilité chez les convives.

Une fois assis à genoux (position seiza) sur les tatamis (une salle de thé faiant en moyenne 4 tatamis et demi, et le tatami étant au Japon une unité de mesure fixe), on accroche dans le tokonoma, l’alcôve, un rouleau calligraphié comportant un poème, qui devient le thème de la séance. Le cœur de feu est ajouté au cœur du brasier, encore froid, et pendant que le feu prend vie, on passe à table dans une pièce adjacente pour déguster un repas raffiné, de type kaiseki avec du saké. Quand l’eau est suffisamment chaude, les convives reviennent dans la salle. Le kakemono est alors enlevé du tokonoma et est remplacé par un arrangement floral (ikebana)

Vient alors la dégustation de thé, le cha-no-yu à proprement parler, dont voici ci-dessous les étapes principales.

Charbon de bambou : très dense, il permet une longue combustion, mais générant de la fumée, il n’est utilisé qu’en extérieur

La bouilloire en fonte est posée sur un brasero portatif en tripode.

Avant la dégustation du thé, des douceurs traditionnelles (wagashi) sont présentées aux invités, comme ici : petits bonbons au sucre de type berlingot (konpeito), yokan (composé de gelée de haricots rouges, sucre noir kuromitsu, agar agar) …

Le chawan (bol à thé) est consciencieusement lavé à l’eau chaude, puis essuyé avec une petite gaze blanche, de lin ou de chambre, appelée chakin.

Le bol est ainsi également légèrement chauffé, prêt à accueillir le thé.

Entre chaque étape, le temps se suspend…

 

Le chawan, désormais propre, est posé devant l’officiant. On ouvre le natsume (boîte à thé) en bois laqué et deux cuillères de matcha sont prélevées à l’aide d’un chashaku.

Avec la pointe du chashaku, on nivelle la poudre de thé matcha dans le bol, en faisant un geste de zig-zag. D’un coup sec sur le rebord du chawan, ou directement à l’intérieur, on enlève les derniers résidus de thé sur le chashaku.

On verse ensuite l’eau chaude à l’aide d’un hishaku en bambou. La tige possède un nodule en son centre, qui sert à l’officiant de repère pour le manipuler.

Ensuite, l’officiant saisit le chasen, un fouet en bambou très léger. En commençant doucement, puis en accélérant, le mélange thé-eau est émulsionné, et prend un aspect mousseux. Pour terminer, l’officiant ralentit son geste, et réalise à un dernier tour lentement, puis enlève le chasen.

Une fois prêt, l’officiant saisit le chawan, choisit un belle angle de présentation, et tend le bol au convive.

Les chawan sont tous uniques : en forme de coupelle (ci-dessus), de type raku (ci-dessous)

Une fois la dégustation terminée, les ustensiles sont cérémonieusement nettoyés, comme au début. On passe alors à l’étape de présentation des objets ayant servis pendant la cérémonie : ils sont précautionneusement manipulés, avec grand respect. Uniques et souvent très anciens, leur valeur est difficilement imaginable pour des esprits européens : il est très commun qu’un chawan coûte plusieurs milliers d’euros. Les invités signent un registre, où les détails de la cérémonie sont consignés. C’est d’ailleurs grâce à ces registres que l’on connait aussi bien les codes en usage au cours du 16ème siècle, âge d’or et de structuration du cha-no-yu. 

Cela vous a-t-il donné envie de vivre une cérémonie du thé ? Ou de l’offrir à quelqu’un ? Si vous résidez à Paris, sachez qu’il est possible d’y assister. je vous recommande celles du :

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